Girl Power 2026 : retour sur le cycle de conférences de Saint-Zacharie
En marge du Girl Power Provence-Alpes-Côte d’Azur 2026, la Ligue SUD de Force a proposé à Saint-Zacharie un cycle de trois conférences consacrées au sport féminin. Entre deux plateaux de compétition, athlètes, entraîneurs, dirigeants et familles ont pu entendre trois regards complémentaires : l’essor de la pratique féminine dans nos disciplines, la place des femmes dans les instances dirigeantes, et l’adaptation de l’alimentation au cycle menstruel.
La pratique féminine à la FFForce : une chance à saisir

Les femmes représentent aujourd’hui 35 % des licenciés de la FFForce, mais seulement 23 % des licences « compétition » (27 % en force athlétique). C’est le constat d’ouverture de Ludwig Wolf, conseiller technique national, qui a retracé l’évolution de la pratique : 5 % de femmes sur les plateaux de musculation dans les années 1990, cantonnées aux cours collectifs de fitness, contre 35 à 40 % dans les années 2010.
Plusieurs moteurs expliquent cette progression : l’évolution des normes esthétiques (« strong is the new skinny »), les bénéfices reconnus pour la santé, l’autonomisation de la pratique depuis le Covid et la visibilité des athlètes de l’équipe de France, devenues de véritables modèles sur les réseaux sociaux. Les bienfaits sont nombreux : santé osseuse et métabolique, et surtout le passage d’un corps « objet », centré sur la minceur, à un corps « acteur », centré sur la force et la performance.

Les freins restent pourtant tenaces : clichés (« trop musclée », « les poids lourds, c’est pour les garçons »), salles perçues comme intimidantes et très masculines, manque d’entraîneuses, et prévention encore insuffisante des violences sexistes et sexuelles. Sa conclusion : la féminisation est un levier de développement majeur, et l’occasion de construire un cadre éthique, sécurisant et inclusif.
Pour aller plus loin : consulter le diaporama de l’intervention de Ludwig Wolf (PDF)
Les femmes dans les instances : oser, s’affirmer, trouver sa place

Vice-présidente du Comité régional olympique et sportif (CROS) Région Sud, chargée de la professionnalisation et de l’emploi, Elsa Coche a partagé son parcours : 35 ans d’enseignement du tennis, puis des responsabilités à la Ville de Marseille, à la Ligue Région Sud de tennis, à la Fédération française de tennis et au CROS. Elle a décrit ce que vivent souvent les femmes dirigeantes : être la seule femme autour de la table, devoir prouver davantage sa légitimité, concilier vies professionnelle, familiale et bénévole. Ses clés : s’appuyer sur ses compétences de terrain, oser prendre la parole et candidater, s’entourer d’un réseau. « Trouver sa place, ce n’est pas copier un modèle : c’est apporter sa propre manière de diriger. »

Le cadre légal accélère le mouvement. Après la loi de 2014 (40 % de femmes dans les comités directeurs des fédérations) et la loi de 2022 « démocratiser le sport », la parité stricte s’applique aux fédérations nationales depuis 2024 et s’imposera aux ligues régionales en 2028. Pour la Ligue SUD de Force, la liste présentée au prochain renouvellement après le 1er janvier 2028 devra être paritaire.

Pour s’y préparer, le CNOSF a lancé en 2024 le Club des 300, un programme de formation des futures dirigeantes : sept modules en ligne (écosystème sportif, gestion financière, management, leadership, gestion de projet, communication, prise de parole), des classes virtuelles et des ateliers de co-développement. En Région Sud, le CROS et les CDOS ouvrent deux promotions par an. Elsa Coche a proposé à la Ligue quatre actions concrètes : repérer les femmes déjà engagées (bénévoles, juges, coachs, athlètes), aller les solliciter une par une, les inscrire à la prochaine promotion et faciliter leur engagement (visio, horaires adaptés, binôme avec un élu).
Pour aller plus loin : consulter le diaporama de l’intervention d’Elsa Coche (CROS Région Sud) (PDF)
Cycle menstruel et activité physique : adapter son alimentation

Le troisième regard est venu de deux spécialistes de la nutrition : Charlotte Olivier, diététicienne-nutritionniste et naturopathe, et Cassandra Fournier, diététicienne-nutritionniste, enseignante en activité physique adaptée et ingénieure en santé publique. Leur objectif : comprendre les phases du cycle, identifier les adaptations alimentaires possibles et savoir quand consulter.

Elles ont d’abord déconstruit quelques idées reçues, dont la plus dangereuse : « si les règles disparaissent, c’est que l’entraînement fonctionne ». L’aménorrhée est au contraire un signal d’alerte. Elle est le plus souvent liée à des apports alimentaires insuffisants au regard de l’entraînement, à une perte de poids rapide ou à une récupération insuffisante. Elle fragilise les os, augmente le risque de blessure et perturbe la fonction reproductive.
Phase par phase, elles ont ensuite proposé des repères concrets :
- Phase menstruelle : reconstituer les réserves en fer (viandes rouges associées à la vitamine C), augmenter le magnésium, bien s’hydrater, avec un bilan martial complet deux fois par an.
- Phase folliculaire : une période favorable au développement musculaire, avec un apport suffisant en protéines et en matières grasses.
- Ovulation : souplesse accrue mais risque de blessure plus élevé, d’où une alimentation riche en antioxydants, en oméga 3 et en fibres.
- Phase lutéale : féculents complets pour stabiliser la glycémie, magnésium, vitamines du groupe B et oméga 3 pour limiter fringales, crampes et inflammation.

Le seed cycling a fait l’objet d’un regard critique : une revue de dix études montre des effets encourageants sur certains symptômes, mais sur des effectifs limités et des protocoles hétérogènes. Leur conclusion tient en une phrase : il n’existe pas de régime miracle. Une alimentation variée, adaptée à ses besoins et prise avec plaisir reste la meilleure base, et un accompagnement personnalisé s’impose en cas de symptômes importants (syndrome prémenstruel sévère, endométriose).
Pour aller plus loin : consulter le diaporama de l’intervention de Charlotte Olivier et Cassandra Fournier (PDF)
Et maintenant ?

Ces trois interventions se répondent : la pratique féminine progresse, elle doit être encadrée avec soin, et les femmes doivent aussi prendre toute leur place là où se prennent les décisions. La Ligue SUD de Force remercie chaleureusement Ludwig Wolf, Elsa Coche, Charlotte Olivier et Cassandra Fournier pour la qualité de leurs interventions, ainsi que toutes celles et ceux qui sont venus les écouter.
La Ligue entend donner une suite concrète à ces échanges, notamment en préparant dès maintenant l’échéance paritaire de 2028. Vous êtes bénévole, juge, coach ou athlète, et vous souhaitez vous investir dans la vie de la Ligue ou suivre le programme du Club des 300 ? Écrivez-nous à president@sud-ffforce.fr.
Fédération délégataire et organes déconcentrés : des obligations de service public
La FFForce est délégataire du ministère des Sports pour la force athlétique, le développé couché, le bras de fer sportif et le kettlebell, ainsi que pour leurs déclinaisons para (arrêté du 22 décembre 2025). En contrepartie des missions de service public qui lui sont confiées (règles techniques et de sécurité, titres nationaux, régionaux et départementaux, sélections), elle a signé avec l’État un contrat de délégation 2026-2029, prévu par la loi du 24 août 2021. Ses ligues régionales, organes déconcentrés qui délivrent les licences et organisent les titres régionaux, participent à son application. Plusieurs engagements de ce contrat rejoignent directement les thèmes du cycle :
- Les valeurs de la République. La fédération a souscrit le contrat d’engagement républicain : égalité et non-discrimination, prévention de la violence, dignité de la personne et protection des mineurs. Elle doit désigner un référent, ouvrir un canal de signalement et contrôler la signature du contrat par l’ensemble de ses membres.
- La protection des pratiquants. Le contrat impose un dispositif de prévention, de détection et de traitement des violences et des discriminations, un référent « violences sexistes et sexuelles » en lien avec la cellule Signal-Sports, l’accompagnement des victimes et l’affichage obligatoire dans les structures affiliées. Un référent « honorabilité » organise le contrôle annuel prévu par l’article L.212-9 du code du sport : il concerne les éducateurs, bénévoles ou rémunérés, les arbitres et juges, les personnes intervenant auprès de mineurs et les dirigeants, y compris les élus des ligues.
- L’éthique et l’intégrité. Charte et comité d’éthique, déclarations d’intérêts de certains membres des instances nationales et régionales, prévention du dopage et de la manipulation des compétitions.
- La féminisation et la parité. La fédération met en œuvre un plan de féminisation : accès des publics éloignés, gouvernance, arbitrage et fonctions techniques, parcours de haut niveau. Elle accompagne ses structures régionales pour que leurs instances soient mixtes au 1er janvier 2028, comme l’exige la loi du 2 mars 2022 visant à démocratiser le sport.
- L’inclusion et le développement durable. Accueil des pratiquants en situation de handicap, identification des clubs para-accueillants, et charte d’engagements écoresponsables pour les événements.
Pour la Ligue SUD de Force, ces engagements se traduisent très concrètement : préparer une liste paritaire pour le renouvellement de ses instances après le 1er janvier 2028, s’assurer que dirigeants, juges et encadrants sont couverts par le contrôle d’honorabilité, relayer les dispositifs de signalement et former ses bénévoles. Le cycle de conférences de Saint-Zacharie s’inscrit pleinement dans cette démarche.
Sources : contrat de délégation FFForce 2026-2029, ministère des Sports ; ministère des Sports, guide du contrôle d’honorabilité, février 2026 ; loi n° 2021-1109 du 24 août 2021 ; loi n° 2022-296 du 2 mars 2022 ; CROS Région Sud.









